IBM crée une nouvelle filiale appelée Anderon afin de standardiser la fabrication de processeurs quantiques à grande échellel'entreprise ambitionne de commercialiser son ordinateur Starling d'ici 2029
IBM a lancé une filiale appelée Anderon afin de transformer ses recherches en informatique quantique en une véritable activité industrielle. Soutenu par un investissement de deux milliards de dollars provenant d'IBM et du gouvernement américain, ce projet vise à standardiser la fabrication des processeurs quantiques à grande échelle. La société ambitionne de commercialiser son ordinateur Starling d'ici 2029 tout en fournissant des composants essentiels à ses concurrents afin de structurer le marché mondial. Mais malgré le battage médiatique, des obstacles techniques demeurent non résolus, et les progrès annoncés par le secteur privé suscitent le scepticisme.
Après avoir consacré des décennies à la R&D en informatique quantique et au test de différents concepts dans son laboratoire de New York, IBM prépare aujourd'hui le terrain pour transformer ce projet scientifique coûteux en une véritable activité commerciale évolutive. L'entreprise a annoncé son intention d'investir 9 milliards de dollars supplémentaires au cours des cinq prochaines années pour atteindre son objectif de tolérance aux pannes quantiques.
Cette ambition comprend la création d'un ordinateur fiable nommé Starling à l'horizon 2029. Comme le souligne Scott Crowder, vice-président de l'adoption quantique chez IBM : « si vous êtes sérieux à ce sujet, il s'agit de fabriquer à grande échelle ». Son objectif est de dépasser la simple preuve de concept pour être capable de construire plusieurs ordinateurs quantiques de manière industrielle, bien que la communauté scientifique affiche son scepticisme.
Anderon : une nouvelle fonderie dédiée au silicium quantique
Pour soutenir cette nouvelle expansion ambitieuse, IBM a annoncé le mois dernier la création d'une filiale indépendante appelée Anderon, qui fonctionnera comme une fonderie pour produire les plaquettes de silicium (wafers) nécessaires aux processeurs quantiques. Cette nouvelle entreprise est financée par un investissement d'un milliard de dollars de l'administration Trump, complété par un milliard de dollars provenant des fonds propres d'IBM.
Anderon commencera par agrandir les installations actuelles d'IBM situées à Albany, dans l'État de New York. Jay Gambetta, directeur de la recherche chez IBM, résume cette nouvelle étape en affirmant : « maintenant, nous devons passer à l'échelle ». La production devrait débuter plus tard cette année, permettant à IBM non seulement de s'approvisionner pour sa propre recherche, mais aussi de vendre ces plaquettes à d'autres entreprises du secteur.
L'informatique quantique bénéficie actuellement d'un fort engouement, en partie grâce aux progrès fulgurants de l'IA générative qui ont ravivé l'appétit des investisseurs pour les technologies futuristes. L'administration Trump a d'ailleurs renforcé son soutien en investissant un milliard de dollars supplémentaires dans diverses entreprises spécialisées dans le domaine quantique et en signant des décrets fixant des objectifs technologiques précis pour 2028.
Pour Fatima Boolani, analyste chez Citibank, ce soutien politique est un signal fort : « immédiatement, notre réaction a été : "cela met le quantique sur la carte" ». Grâce à ces initiatives, IBM espère s'emparer d'une part importante du marché des fournisseurs de technologies d'informatique quantique, dont la valeur est estimée entre 90 et 170 milliards de dollars d'ici 2040, selon les données récentes du cabinet international Boston Consulting Group.
Choix technologiques et vision à long terme de l'entreprise
Sur le plan technique, IBM mise sur les circuits en silicium supraconducteurs pour faire office de qubits. Bien que ce choix implique des compromis, notamment la nécessité d'un refroidissement à des températures extrêmes et une plus grande sensibilité aux erreurs, il offre un avantage majeur en matière de vitesse et de capacité d'évolution. Le but est de créer un vaste écosystème de fournisseurs et de développeurs de logiciels centré sur sa technologie.
« La stratégie est simple : construire nos ordinateurs quantiques aussi vite que possible. Pour les construire aussi vite que possible, nous devons construire nos systèmes et nous devons avoir un approvisionnement stable en plaquettes. Et je veux être le plus rapide à construire cette technologie », a déclaré Jay Gambetta.
Dans les commentaires, le choix d'IBM d'utiliser des qubits supraconducteurs est pointé du doigt comme étant particulièrement sensible aux erreurs et nécessitant un refroidissement extrême, proche des températures de l'espace profond. Un développeur, qui a déclaré avoir programmé sur des ordinateurs quantiques confirme ces limites sévères, a expliqué que la décohérence et le bruit s'accumulent rapidement pour effectuer des calculs complexes.
Il a déclaré : « nous avons accès à plus de qubits maintenant que nous ne pouvons en utiliser efficacement ». La correction d'erreurs quantiques n'ayant toujours pas prouvé son efficacité de manière concrète, certains critiques estiment qu'un ordinateur quantique restera un simple jouet tant qu'il ne disposera pas d'au moins 100 qubits logiques parfaitement fiables. Le secteur est en proie à un battage médiatique destiné surtout aux investisseurs.
Scepticisme face à la stratégie et les « antécédents » d'IBM
De nombreux observateurs se montrent extrêmement sceptiques face aux annonces d'IBM, estimant que la technologie quantique représente une bulle spéculative prête à éclater, comparable à celles de la blockchain ou des grands modèles de langage (LLM). Selon certains critiques, l'informatique quantique suscite de faux espoirs depuis des décennies, un commentateur affirmant avec lassitude : « celui-ci est un échec depuis environ 50 ans maintenant ».
Concrètement, le record de factorisation pour un véritable ordinateur quantique reste bloqué au nombre 21, une tentative ultérieure sur le nombre 35 s'étant soldée par un échec. Beaucoup considèrent que l'algorithme de Shor, indispensable pour des calculs utiles, reste hors de portée pour l'industrie.
La décision d'IBM de créer la filiale dédiée Anderon est interprétée par certains critiques comme un aveu de faiblesse. Loin d'y voir une expansion prometteuse, un critique analyse la manœuvre en ces termes : « les entreprises ne scindent pas des secteurs d'activité en filiales indépendantes lorsqu'elles prévoient de nombreux profits à l'avenir... c'est ce qu'elles font lorsqu'elles essaient de réduire leurs pertes ». Cette stratégie ne semble pas convaincre.
Elle rappelle l'échec cuisant du projet Watson, une IA d'IBM qui, après des années de promesses grandiloquentes et non tenues dans le domaine médical, a fini par être revendue discrètement. Enfin, l'injection d'un milliard de dollars par Washington est vivement critiquée et qualifiée de politique désastreuse. Pour certains observateurs, cela servira davantage à justifier des promotions pour les dirigeants d'IBM qu'à financer une véritable percée scientifique.
Les dernières « percées » de Microsoft remises en question
Une critique publiée dans la revue scientifique Nature remet en question la technologie sous-jacente à la puce d’informatique quantique « révolutionnaire » de Microsoft, baptisée Majorana 1. Microsoft avait dévoilé cette puce en février 2025, déclarant qu’elle intégrait une technologie inédite appelée « qubit topologique ». Selon l’entreprise, ces qubits topologiques constitueraient les « éléments constitutifs » de son futur ordinateur quantique.
Mais dans un article soumis à un comité de lecture, Henry Legg, physicien à l’université de St Andrews, a réexaminé les données concernant la puce de Microsoft et soutient que les chercheurs de l’entreprise n’avaient, à l’origine, pas démontré de manière concluante l’existence d’un qubit topologique fonctionnel.
Il souligne également la présence d'erreurs de codage et un manque de précision dans l'outil logiciel utilisé par Microsoft pour vérifier ses recherches. Henry Legg illustre sa déception de manière imagée : « l'année dernière, Microsoft a affirmé avoir construit l'équivalent d'une montre suisse de précision. Mais lorsque j'ai ouvert le boîtier pour examiner le mécanisme, j'ai trouvé ce qui ressemblait à un fouillis chaotique de pièces disparates ».
(Pour rappel, un qubit topologique est à une particule de Majorana ce qu’un transistor est au silicium.) Il est également important de souligner que le Dr Henry Legg a publié pour la première fois sa critique sur le répertoire en ligne de physique arXiv le 11 mars 2025, moins d’un mois après l’annonce de la puce Majorana 1 par Microsoft. Il a fallu un an à la revue scientifique Nature pour mener une évaluation par les pairs et publier son article.
Le manque criant de transparence et les controverses passées
Le 2 juin 2026, Microsoft a dévoilé sa nouvelle puce Majorana 2, qui selon la société, incarne la prochaine génération de ses qubits topologiques. Elle affirme pouvoir construire un « ordinateur quantique évolutif » d’ici 2029. Mais Henry Legg affirme que la description de la puce Majorana 2 fournie par l’entreprise, rédigée par Microsoft dans un manuscrit non évalué par des pairs, souffre des mêmes problèmes qu’il avait soulignés il y a un an.
« Rien dans ce [manuscrit] ne résout les problèmes fondamentaux que tant de scientifiques soulèvent concernant les affirmations précédentes de cette entreprise », a déclaré le physicien. De son côté, Chetan Nayak, Technical Fellow chez Microsoft, a déclaré : « nous soutenons à 100 % nos résultats. Nous maintenons notre feuille de route. Nous restons fidèles à notre engagement de longue date en faveur de la rigueur scientifique et du dialogue ».
Henry Legg accuse Microsoft de ne pas partager suffisamment d'informations pour permettre aux experts indépendants de valider ou de rejeter ses travaux. Ce climat de méfiance est renforcé par des antécédents particulièrement problématiques pour l'entreprise. En effet, un article provenant d'un laboratoire soutenu par Microsoft, qui revendiquait avoir trouvé des preuves de l'existence de la particule de Majorana, a dû être rétracté en 2021.
Plus récemment encore, en 2025, les éditeurs de la revue scientifique Nature ont ajouté une note critique à un article de Microsoft, précisant explicitement que leurs résultats ne constituaient nullement une preuve de la présence de la particule de Majorana dans les appareils concernés.
La course vers l'informatique quantique et le battage médiatique
L'informatique quantique recèle un immense potentiel dans divers secteurs, notamment la découverte de médicaments, l'analyse des risques financiers, l'optimisation de la logistique... D'autres Big Tech, dont Google et IBM, travaillent également sur l'informatique quantique, mais l'approche de Microsoft est sensiblement différente de celle de ses concurrents. Mais leurs affirmations sont régulièrement mises en cause par les physiciens théoriciens et autres.
En décembre 2024, Google a fait une déclaration surprenante : la société a déclaré que sa nouvelle puce quantique Willow confirme l'existence d'univers parallèles. Google suggérait ainsi que sa puce quantique pourrait puiser dans des univers parallèles pour obtenir ses résultats. Cela a relancé les discussions au sein de la communauté scientifique sur la possibilité d'univers parallèles. Les scientifiques affirment toutefois que cette affirmation est spéculative.
« Google affirme avoir effectué un calcul sur une puce de 100 qubits, beaucoup plus rapidement qu'un (super)ordinateur conventionnel. Le calcul en question consiste à produire une distribution aléatoire. Le résultat de ce calcul n'a aucune utilité pratique », a déclaré Sabine Hossenfelder, physicienne allemande.
Sabine Hossenfelder a rappelé les revendications de Google concernant la suprématie quantique en 2019. L'affirmation de Google a en effet été contestée par IBM, qui a ensuite démontré qu'un ordinateur conventionnel pouvait effectuer la même tâche dans des conditions spécifiques. Certains scientifiques mettent en garde contre les affirmations audacieuses sans preuve concrète, qui pourraient nuire à la crédibilité de l'industrie dans son ensemble.
« Ce type d'annonces n'aide pas, il nuit. L'industrie de l'informatique quantique fait déjà l'objet d'un examen minutieux périodique, avec des questions sur les délais et l'utilité », affirme Sergey Frolov, professeur de physique à l'université de Pittsburgh, en réaction aux nombreuses déclarations des Big Tech.
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IBM dévoile ses nouvelles ambitions après que Microsoft a présenté Majorana 2. Que pensez-vous de la nouvelle course aux ordinateurs quantiques ?
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